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A propos du mot d’ordre ABLODÉ.

Monument independanceIl ne fait aucun doute que la lutte des peuples du Togo remonte au début de la conquête militaire de notre pays par  l’impérialisme allemand entre 1884-1914. Cette lutte avait pris plusieurs formes et diverses voies jusqu’en janvier 1933 où les femmes de Lomé à l’instar de celles du petit marché (Assivito)  se sont vaillamment levées contre les colonialistes français. Aujourd’hui, en ce mois d’avril 2016, nous inclinons devant la mémoire de tous les martyrs en pays Kabyè, en pays Ouatchi; rendons un hommage aux Aplangavio qui ont défié militairement les forces colonialistes; aux notables de Lomé, aux chefs supérieur Kotokoli et aux chefs Bassar, Akposso, de Mango, de Notsè, d’Aneho, de Kpalimé qui ont scellé une grande alliance patriotique et compris très tôt qu’il faut à tout prix chasser le colonialisme français de notre pays. C’est cette intrépide lutte pour, l’ABLODÉ, l’indépendance qu’incarnait à tous les niveaux le CUT,  la JUVENTO, le MPT, le mouvement syndical -UGTT- et le mouvement étudiant –Jeunes-Togo-FEANF jusqu’à la victoire d’avril 1958.

Il ne fait aucun doute que pour de nombreux togolais, cette cause se résume à un simple mot «ABLODÉ». C’est un mot d’ordre, un slogan magique que nous avons hérité de nos parents et grand parents qui avaient affronté le colonialisme français. Un mot d’ordre magique que nous avons repris pour notre compte, aujourd’hui, parce qu’il a gardé toute sa force mobilisatrice... Mais pour que cette mobilisation, cette organisation dont nous appelons de tout nos vœux reste effective, nous devons donner un contenu politique clair et limpide à ce mot d’ordre, à ce slogan magique.

Dans les années 1950, en effet, le mot d’ordre «ABLODÉ» avait un contenu précis et concret. Il résumait l’aspiration majeure du peuple togolais, la cause de l’indépendance, la lutte pour la fin du colonialisme français. C’était un slogan que l’on répétait en toute connaissance de cause, et qui résonnait comme un appel au combat. Mais aujourd’hui, nous constatons avec peine que la plupart du temps, on se contente de crier «ABLODÉ», sans se demander ce que cela peut signifier aujourd’hui. Comme si nous étions encore à la veille de cette journée historique du 27 avril 1958, comme si la situation n’avait pas évolué depuis lors !

En d’autres termes, ce mot d’ordre de combat tend de plus en plus à se réduire à un slogan dépourvu de toute perspective, sans aucun lien avec une cause bien définie, un simple slogan de meeting que l’on se contente de répéter mécaniquement. Pour que ce noble mot d’ordre retrouve sa véritable actualité, et par là sa légitimité et sa raison d’être, il faut qu’il corresponde à nos aspirations et à nos revendications d’aujourd’hui. Hier, le peuple luttait pour l’indépendance, pour la fin du colonialisme français.

Le mot d’ordre «ABLODÉ», c’est  la lutte pour l’indépendance véritable.

Il semble à première vue surprenant de parler encore aujourd’hui de lutte pour l’indépendance, alors que nous affirmons que nous sommes indépendants, que nous célébrons chaque année, le 27 avril, la fête de l’indépendance. Seulement force est de constater que nous ne sommes pas réellement indépendants. L’image vue sur Internet et sur les réseaux sociaux en août 2010  de cet officier français, Romuald Létendo invectivant et menaçant des journalistes togolais et se comportant à Lomé comme en terrain conquis, suffit à résumer la situation qui prévaut dans notre pays et sur le continent après une cinquantaine années d’indépendance...

Il ne fait plus de doute que ceux qui nous dominaient au temps colonial, continuent à nous dominer aujourd’hui, et notre indépendance n’est pas réelle. Le colonialisme battu par la victoire du 27 avril 1958, a fait place à un colonialisme de type nouveau, un colonialisme indirect: la France continue de nous dominer par le biais de la dictature oligarchique du clan Gnassingbé qu’elle continue de soutenir, à travers la domination économique, politique et  culturelle... Les divers accords de coopération qui nous lient à la France ne sont que des accords de sujétion à celle-ci. Il en est ainsi de l’accord de coopération militaire qui permet à la France de préparer les FAT dans ses entreprises d’agression et de répression contre notre peuple et contre les peuples de la sous -région, comme on l’a vu pendant la crise en Côte d’Ivoire en 2002-2011 !

Le mot d’ordre «ABLODÉ», aujourd’hui,  c’est la lutte pour en finir avec ce colonialisme de type nouveau, pour notre indépendance réelle. L’indépendance réelle, c’est la possibilité pour notre peuple de prendre lui-même, son destin entre ses mains. Au nom de cet idéal, nous devons dénoncer et combattre toute ingérence extérieure dans nos affaires intérieures et dans notre processus démocratique. Notre processus démocratique se construit au Togo, pas à Ouaga, Colmar, Paris ou à New-York, et n’a nul besoin de «d’observateurs, de facilitateurs»,  etc. ! 

 Nous remarquerons également qu’aucun dirigeant de l’UFC ou de l’ANC qui se réclament du mot d’ordre Ablodé ne met en cause la domination de la France comme un obstacle à notre indépendance et à notre démocratie. Ces organisations qui se parent du titre nationaliste, continuent comme les autres partis de parler de «puissances amies», et montent en épingle comme une «victoire» la moindre rencontre avec un fonctionnaire élyséen ou les représentants de l’impérialisme international. Même s’ils continuent de crier d’une manière démagogique  «ABLODÉ», ils vont sans aucun doute  à l’encontre de cet idéal.

Pour les démocrates, à l’instar de ceux qui luttent sous la bannière de la plate forme Togo En Lutte; Ablodé, c’est la lutte pour les libertés démocratiques, pour la destruction du système dictatorial. La lutte pour les libertés démocratiques, c’est la lutte pour des élections justes libres et transparentes; c’est la lutte pour la fin de l’’arbitraire, pour la suppression et l’abolition de toutes les lois et mesures liberticides concernant la presse, les manifestations…C’est une revendication que tous les faux démocrates regroupés au sein des clubs électoraux (CAP-2015/ANC, CAR, CDPA, UFC etc.) mettent en avant aujourd’hui. Mais ils oublient l’essentiel, cette vérité évidente, à savoir qu’il n’est pas possible d’instaurer les libertés démocratiques dans un régime qui reste sous la domination de ce système  dictatorial et mafieux qu’est le système UNIR-RPT.

Il est  évident que le mot d’ordre «ABLODÉ» implique donc la lutte pour le démantèlement complet du système UNIR-RPT et de ses avatars quelque soit  le nom qu’ils se donnent. Il est évident que tous ceux qui oublient cette exigence trahissent cet idéal.

Le mot d’ordre ABLODÉ, c’est aussi la lutte pour une justice sociale.

L’expérience de tous les jours nous montre que les libertés démocratiques deviennent une simple fiction, quand la majorité de la population n’a pas le minimum nécessaire pour se nourrir, soigner et s’éduquer alors qu’une petite minorité fait étalage d’un luxe insolent.

Déjà au XVIII ème siècle, sous la Révolution française un militant révolutionnaire affirmait: «la liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément ; l’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable». Ces paroles, prononcées il y a plus de deux cents ans, gardent encore toute leur actualité. Il resort clairement qu’il n’est pas possible d’exercer réellement son droit de citoyen quand on a le ventre vide. Il suffit de penser à tous ceux qui,  lors de l’élection présidentielle en mars 2015 au Togo et tout récemment en mars 2016 chez nos voisin béninois, en sont réduits à vendre leur vote pour pouvoir manger.

Dans ces conditions, le mot d’ordre «Ablodé» doit donc signifier également la lutte pour l’instauration d’un régime qui assure à tous les citoyens les droits sociaux indispensables: le droit à la nourriture, le droit à la santé, le droit à l’éducation. C’est la lutte pour un régime d’indépendance réelle, c’est-à-dire capable de mettre fin au pillage de notre économie par des capitalistes étrangers; c’est la lutte pour un régime qui représente réellement le peuple et qui se montre soucieux de mettre nos richesses à la disposition de ce dernier, au lieu de les détourner au profit d’une minorité d’étrangers et de nationaux.  Bref c’est la lutte pour un régime de démocratie sociale.

Toutes ces définitions de Ablodé doivent figurer dans notre  programme  politique et dans celui  de tous les partis et organisations qui se réclament de la démocratie.

Le mot d’ordre ABLODÉ et l’expérience de luttes des peuples

Sans nul doute, on peut aisément faire un parallélisme entre le mot d’ordre Ablodé des années 1950-1960 et le mouvement démocratique amorcé depuis octobre 1990. Nous n’allons pas remonter toute l’histoire... néanmoins on peut ouvrir une petite parenthèse sur la lutte des autres peuples, le peuple tunisien surtout,  par rapport à notre propre expérience. A cet égard, l’exemple que nous a offert le peuple tunisien avant, pendant  et après la chute du dictateur Ben Ali est fort instructif.

En janvier 2011, dès le début de son soulèvement, le peuple tunisien s’est fixé un objectif, qu’il a résumé par ce simple mot «Dégage!»: c’est-à-dire le départ inconditionnel du dictateur Ben Ali. C’est pourquoi, en toute logique et à juste titre, il s’est refusé à toute idée de dialogue ou de conciliation avec le pouvoir, et qu’il n’a pas hésité à écarter sans ménagement tous ceux qui osaient prôner une telle démarche. Il n’a jamais été question en Tunisie, de dialogue, de conférence nationale de table ronde. Mais ce n’est pas tout.

Le peuple tunisien a bien compris que le simple départ de Ben Ali n’était pas une condition suffisante pour instaurer la démocratie. C’est pourquoi il s’en est pris au parti dictatorial, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) l’équivalent du RPT/UNIR  de chez nous. Il a attaqué et s’est emparé du siège et des bureaux de ce parti, il a exigé et obtenu sa dissolution. Dans le même sens, il a fait mettre en jugement et condamner Ben Ali (par contumace) et les plus hauts dirigeants, privés de droits civiques. Dans cette situation nouvelle où la peur a désormais disparu, l’élection d’une assemblée constituante s’est déroulée dans de bonnes conditions de transparence et de justice, sans qu’il y ait eu besoin d’intervention extérieure. La Tunisie n’aurait certainement pas connu un tel résultat, si Ben Ali était resté en place...

C’est ce qui aurait dû se passer chez nous en 1990-1992. Contrairement au peuple tunisien, le peuple togolais qui voulait se débarrasser de son despote, s’est laissé impressionner, endormir, par des personnalités politiques et religieuses qui ont réussi à lui imposer la voie du dialogue et de la conciliation. On n’a même prétendu que le départ de l’autocrate Eyadéma «créerait un vide politique!» Le résultat, nous le connaissons.

Alors qu’ils se réclament des héritiers du CUT,  les dirigeants de l’UFC, comme ceux actuels de l’ANC ont participé honteusement à cette politique de trahisons en allant de négociations en élections bidons, pour maintenir les nouveaux représentants du colonialisme français au pouvoir. Ils ont trahi le concept d’Ablodé. Il faut les écarter sans procès de la direction du mouvement démocratique et ce n’est qu’une question de temps.

 Mais pour  ce qui nous concerne, nous avons désormais retenu la leçon: la politique de conciliation et de dialogue avec le pouvoir est incompatible avec l’idéal d’«Ablodé». C’est la raison de nos divergences politiques et organisationnelles avec les partis et organisations qui participent aux négociations avec la dictature.Nous devons nous en démarquer pour montrer le chemin, la voie de la libération aux véritables héritiers d’Ablodé.

Le mot d’ordre ABLODÉ c’est aussi un fonctionnement démocratique

Nous ne pouvons pas prétendre lutter pour la démocratie, si nous ne donnons pas nous-mêmes l’exemple en appliquant au sein de nos propres  organisations, les règles de fonctionnement démocratique.

Ces règles comportent:

  • l’élection régulière et périodique des dirigeants ;
  • la définition de la ligne politique par l’ensemble de l’organisation dans des assises régulières, et non pas par la direction;
  • l’obligation pour les dirigeants de rendre périodiquement et régulièrement compte de leurs actions à l’ensemble de l’organisation, afin que ce dernier puisse en juger.

C’est tout cela que le noble mot d’«Ablodé» doit signifier aujourd’hui.C’est cet «Ablodé»-là qui doit être la seule cause qui vaille la peine qu’on continue de se battre, et qui doit nous rassembler aujourd’hui.

 C’est dans ce but que nous lançons un appel pressant à tous les compatriotes en exil, en les invitant à se regrouper autour de ces grands points de réflexion. Si nous y parvenons, alors les défaillances et les trahisons individuelles de tel ou tel dirigeant n’auront qu’une importance secondaire, que nous pourrons toujours régler. Alors, nous pourrons reconstituer et refaire du mouvement démocratique, une arme de combat, capable d’entraîner le peuple dans sa conquête de la démocratie véritable.

À bas le néocolonialisme !

À bas l’imperialisme francais et ses valets locaux !

Vive la flamme de la  lutte ABLODÉ !

Vive la lutte émancipatrice des peuples du Togo  !

Bruxelles, le 27 avril 2016

Le Togo En Lutte

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Infos : www.togoenlutte.org

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