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Tunisie, Egypte : Des leçons pour la lutte démocratique du peuple togolais. (Première partie)

 

tunisie-2011Il y a cinq ans jour pour jour, un  vent formidable soufflait en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Partout les peuples, victimes d’une oppression sans borne, acculés à la misère pendant des décennies, ont brandi étendard de la révolte. Faisant preuve d’un courage inouï, ils ont osé affronter les dictatures autocratiques, sanguinaires et corrompues pour conquérir la liberté politique, la dignité et la justice  sociale. Déjà la bourrasque populaire a emporté Ben Ali et Hosni Moubarak, autocrates tunisien  et égyptien. Ces dictateurs autocrates et  prédateurs, qui s’étaient incrustés au pouvoir à l’abri d’un appareil répressif puissant et pléthorique. Ils bénéficiaient du soutien matériel  et politique des puissances impérialistes. Ils passaient pour inébranlables mais ils n’ont pas résisté  devant la  tourmente populaire. Aujourd’hui,  Ben Ali  est en fuite, réfugié en Arabie Saoudite, et Hosni Moubarak est prisonnier en Egypte. Tous deux sont l’objet de procès et doivent rendre compte devant la justice de leur pays.

L’exemple tunisien et égyptien a sans aucun doute galvanisé les autres peuples, en particulier les peuples   arabes. Ils osent engager eux aussi la lutte  pour la satisfaction de leurs  aspirations légitimes. Pour l’instant, il n’est pas possible d'augurer une issue de ces luttes que nous saluons par ailleurs. Mais d’ores et déjà nous pouvons en tirer des  enseignements  forts  utiles. En effet, en Afrique subsaharienne et en particulier au Togo, les peuples et les démocrates ont  suivi avec admiration la grandiose victoire  des  peuples  tunisien et égyptien. Ils ont salué avec  enthousiasme la chute des tyrans Ben Ali et Hosni Moubarak, mais ils n’en sont pas restés  là. Ces victoires ont également suscité des interrogations,  et la plus courante de ces interrogations  c’est de savoir  si  de  tels  événements  sont  également  possibles  chez-nous  en d’autres termes, si nous  pourrons   nous aussi  en finir  avec nos dictatures. 

Nous pensons pour notre part, qu’il serait   plus pertinent  de nous  demander pourquoi  nos propres luttes n’ont pas  abouti à l'évition de nos autocrates ? Et pourquoi ceux-ci sont toujours en place ? Car on a tendance  à oublier que dans les années 1990, de nombreux pays en Afrique subsaharienne ont connu des soulèvements populaires. Ils n’ont rien à envier en ampleur et en intensité, à ceux auxquels nous venons d’assister en Tunisie et en Egypte.  C’est le cas de notre pays, avec le  mouvement insurrectionnel populaire commencé le 5 octobre 1990 à Lomé, et qui a fini par embraser le territoire national tout entier.

tunisie-ben-ali-revolutionQui  ne se souvient  en effet,  de  ces commissariats  désertés ou en flammes,  des statues déboulonnées, de ces  préfets en fuite, désertant leur poste  devant la déferlant populaire ?  C’était simplement incroyable ! Or, malgré  tout cela, malgré les lourds  sacrifices consentis par  notre peuple, Eyadéma a réussi  à  demeurer  au pouvoir  jusqu’à sa mort, et son fils Faure Gnassinbgé s’est même  permis d’y accéder à son tour. Comment expliquer un tel résultat ? Prétendre que c’est parce que Ben Ali et Hosni Moubarak auraient été  des dictateurs  moins redoutables  qu’Eyadma, ce serait  nier la réalité et faire injure aux peuples tunisien et égyptien. La  véritable explication tient dans l’orientation des luttes.  Les peuples tunisiens et égyptiens  en effet, ont suivi dans leur lutte la seule voix juste,  parce que éprouvée  par l’expérience de lutte des peuples et du mouvement démocratique mondial  alors  que c’est le  contraire qui s’est passé chez nous. En effet, Les peuples  tunisien   et égyptien étaient animés par la certitude qu’aucun changement n’est possible sans l’éviction  préalable de leurs autocrates et sans  le démantèlement  de leurs  systèmes autocratiques. C’est cette certitude qui les  avait amené  à adopter  comme revendication un mot  d’ordre  tout simple mais fort significatif: «Dégage !».

 
Ils s’en sont tenus jusqu’au bout  à ce mot d’ordre, même quand  les dictateurs,  après avoir vainement tenté de les intimider  par  des menaces et par la répression, ont cherché à les amadouer en multipliant  des promesses d’ouverture et de réforme  (promesse de libéralisation de la presse,  de  non renouvellement du mandat présidentiel..). Tout simplement parce  que  les peuples tunisien et égyptien n’ont  jamais cru à un quelconque changement par la  conciliation et la négociation avec le système dictatorial.  Pour  cette raison, il n’a jamais été question de dialogue avec les autocrates ; il n’a jamais  été question de «conférence nationale souveraine»,  de table ronde, de facilitateurs! Etc.

Par ailleurs, les peuples  tunisien et  égyptien  se sont convaincus  que  c’est de leur propre  lutte que peut venir la démocratie et  leur salut. Ils ont conscience qu’ils n’ont rien à attendre  d’une  bienveillante  intervention de puissances étrangères. C’est  donc en leur propre  sein, qu’ils  ont recherché et  trouvé  le ressort et  les moyens nécessaires  pour précipiter  la chute de leurs  tyrans. Il ne fait aucun doute que  c’est  après avoir chassé  Ben Ali et Hosni Moubarak du pouvoir  qu’ils ont pu les  traduire en justice pour être condamnés  pour leur   politique de répression, anti-populaire et  leurs pratiques de pillage et de détournement  des  biens du pays. Tout cela n’aurait  jamais  été  possible si ces dictateurs étaient restés en place.

Bruxelles, le 11 janvier 2016

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Infos : www.togoenlutte.org

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