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La démocratie par les urnes n’est qu’illusion !

maurice-gligli-amorin1Il y  a quelques semaines dans son émission hebdomadaire «Tout feu tout flamme», la station canadienne CKRL 89,1 ouvrait, comme à l’accoutumée, son micro à notre compatriote Maurice Gligli-Amorin pour partager avec les auditeurs de la diaspora togolaise et africaines ses analyses et approches de solutions concernant l’épineuse  crise togolaise qui dure  depuis une vingtaine d’années et qui s’est exacerbeé avec la réélection frauduleuse de Faure Gnassingbé. Comme il se doit, la rédaction de notre journal en ligne (www.togenlutte.org) a décidé de retranscrire cette interview dans le but de la faire partager massivement au sein du mouvement démocratique en exil.

 Lisez plutôt !
 

CKRL : Monsieur Gligli-Amorin, avant toute chose pourriez-vous vous présenter brièvement à nos auditeurs ?
 
 
Je suis Maurice GLIGLI-AMORIN, militant de la plate-forme  Togo En Lutte.  Notre organisation  se bat pour la fin de dictature en place au Togo. Aussi l’un de nos objectifs  est-il  d’amener nos compatriotes à une analyse juste, sincère et conséquente de la situation politique  de notre pays. Depuis sa naissance, notre organisation continue inlassablement ses tâches de  mobilisation et de  sensibilisation de nos compatriotes en exil  à travers nos déclarations et publications....notre raison d’être est d’apporter notre soutien indéfectible aux partis et organisations démocratiques et anti-impérialiste qui luttent au pays dans le but de renverser la dictature clan Gnassingbé et son allié le clan Olympio.
 
 
CKRL : Après quelques semaines ou mois de tergiversation et de silence du côté de l’opposition et du pouvoir, on remarque avec acuité que la vie politique reprenne au Togo. Ainsi, par exemple, une conférence de presse du candidat de CAP-2015 sur le hold-up électoral d’avril dernier vient de démontrer à l’opinion nationale et internationale que c’est Fabre qui aurait remporté l’élection présidentielle... Quelle analyse faites-vous  de cette sortie tardive de CAP-2015 ? 
 
 
Il est clair que les résultats proclamés du scrutin du 25 avril ne peuvent  pas  surprendre les vrais démocrates. Comme il fallait s’y attendre, c’était qu’une mascarade de plus. Tout cela nous l’avons prévu, et cette prévision ne signifie nullement que  nous serions plus intelligents, ou que nous aurions des dons de prophétie mais  tout simplement, que c’est l’analyse des démocrates qui correspond le plus à  la réalité. Nous l’avions dit: une fois qu’on a une notion claire de ce qu’est le pouvoir d’Etat en général, la  démocratie en tant que pouvoir, on est à même de prévoir et de comprendre ce qui se passe. C’est la preuve de la justesse de notre ligne politique démocratique.  Il n’est donc pas nécessaire de  nous étendre sur les diverses  fraudes organisées par le pouvoir de l’apprenti dictateur pour se donner une légitimité. Parce que ce n’est pas notre préoccupation majeure. Nous ne nous y arrêterons que lorsque ce sera strictement nécessaire. Cette fois-ci, on n’a pas vu des militaires entrer de force dans un bureau de vote pour en chasser les électeurs et s’emparer des urnes. Par contre, on a vu comme en Côte d’Ivoire, le président de la CENI aux ordres d’un seul candidat.

Ajoutons à cela, l’usage massif de procurations et l’invalidation de dizaines de milliers de votes, les pratiques de corruption à un niveau inégalé ont été les moyens mis en œuvre par le clan Gnassingbé pour assurer sa «victoire». Il y a donc continuité en matière de fraudes électorales entre feu Eyadema et son fils. Par ailleurs, la manière dont les forces de répression se sont déchaînées contre les compatriotes  qui ont osé protester contre les fraudes, montrent bien  que  la brutalité et la terreur ne sont pas loin, et que même dans ce domaine, la continuité est assurée. Toujours comme il fallait s’y attendre, en matière de débats, c’était  la cuisine électorale, et non des programmes politiques. Nous avons donc la preuve une fois de plus, que la voie des élections n’est pas la voie du changement, que la démocratie par les urnes n’est qu’illusion. Mais ce serait une erreur de croire que  les élections du 25 avril 2015 dernier n’ont aucune conséquence sur la situation politique nationale. Nous ne sommes pas tombés dans cette erreur, puisque nous avons abordé cette question dans ses grandes lignes.
 
 
 CKRL : Lors de cette élection, le clan Gnassingbé a tout fait pour présenter l’image d’un Togo divisé en deux avec un «Nord massivement RPT», et un «Sud massivement acquis à l’opposition». Quelle est la position de  votre organisation sur cette question délicate ?
 
 
Effectivement il s’agit du vote soi-disant massif des populations du Nord pour le RPT-UNIR. Il va sans dire que l’objectif d’une telle politique est de susciter, d’amplifier l’animosité entre le Nord et le Sud, et de resserrer tout le Nord autour du pouvoir. Elle répond aussi aux intérêts de barons régionalistes du Sud tels qu’un Agboyibo et un Agbeyomé qui ont mobilisé les populations Ouatchi lors de cette élection. Ces derniers justifient leur alliance avec le clan Gnassingbé en prétendant que c’est parce que le RPT passe pour un parti du Nord.

Nous devons combattre résolument cette politique dont nous pouvons percevoir les dangereuses conséquences:
 
·      a)  le soi-disant vote massif du Nord est le résultat  d’une pratique de corruption, d’intimidation, de pression, de chantage de fraudes appliquéesà une échelle jamais atteinte même du temps d’Eyadéma. Des équipes aux ordres du pouvoir ont distribué nuitamment des millionsde francs des «cadeaux» de toutes sortes; on a multiplié les pressions, répandu le bruit qu’une victoire de CAP aurait de graves conséquences pour le Nord; on  a forcé les gensà jurer sur le Coran qu’ils ne voteraient pas pour l’opposition. Tout cela pendant que les observateurs dormaient  dans leurs hôtels. Et on a aussi fraudé: même de simples compatriotes ont pu justement en faire le constat, en faisant remarquer que le résultat proclamé était mathématiquement impossible.
 
·         b) cette politique visant à empêcher tout mouvement d’opposition dans le Nord afin de pouvoir présenter le Nord comme opposé au Sud n’est pas nouvelle; elle est en continuité de la politique du «diviser pour régner» initiée dans les années 1950  par le colonialisme français.  En effet, dans les années 1950  pour contrer le  succès grandissant du CUT et de la JUVENTO   sur tout le territoire national, le colonialisme français a entrepris de  rassemblerquelques-uns de ses agents, apprentis barons (chefs, fonctionnaires employés..) du Nord pour mettre  en place un parti politique dénommé UCPN (Union des Chefs et des Populations du Nord). Ce parti n’avait qu’un objectif, combattre l’idée d’indépendance, aussi bien à l’intérieur que devant les instances internationales, sous prétexte que l’indépendance entraînerait la domination du Sud sur le  Nord, etc.  Déjà à cette époque, l’intimidation, la pression la répression étaient les méthodes utilisées. Mais cela n’avait pas empêché la progression de la revendication d’indépendance  et des partis nationalistes dans le Nord, et la participation pleine et entière du Nord à la lutte anti-colonialiste malgré tous les obstacles.
 
 
Ces deux exemples montrent que la situation d’aujourd’hui n’est pas fondamentalement différente. Aujourd’hui comme hier des barons régionalistes, pour préserver et étendre leurs intérêts, sont prêts à tout pour  opposer  Nord et Sud. Ces barons régionalistes sont aussi bien au Nord qu’au Sud. Il existe d’indécrottables régionalistes au sein de l’opposition comme au sein du RPT/UNIR, et le risque d’aboutir un jour à une situation à l’ivoirienne existe. C’est ainsi qu’il faut comprendre la situation actuelle.  Pour nous démocrate, aujourd’hui, il ne peut pas être question de rentrer dans leur jeu, parce que, non seulement, le résultat qu’on nous présente n’est pas vrai, mais aussi parce que cela reviendrait à donner à ces élections une importance qu’elles n’ont pas. Ce qu’il nous faut surtout c’est de faire preuve de vigilance de défendre fermement notre ligne politique sur la question nationale.
 
 
CKRL : Conformément à vos analyses les élections du 25 avril sont une étape de l’intégration de l’opposition au sein du pouvoir. Cette intégration est en train de s’achever pour l’UFC sous nos yeux avec la formation du gouvernement Klassou... Que pensez-vous de cette question d’intégration de l’opposition au pouvoir,  et de l’attitude de CAP-2015 et l’ANC ?.
 
 
Sans nul doute, pour l’UFC  et le CAR, dont les leaders ne représentent plus qu’eux-mêmes, les jeux sont  déjà faits. Ils ont seulement suivi à quelques mois de distance, l’exemple des Ayéva, des Edem Kodjo et les Gnininvi etc. Comme eux d’ailleurs, ils ne représentent plus rien, sinon eux-mêmes.Qu’ils soient ou non au gouvernement n’a aucune importance.
 
D’abord, quelques clarifications sur le CAP-2015 en tant que front politique.

Après avoir tiré les leçons du mouvement démocratique initié en octobre 90, on se rend compte que les leaders de l’opposition ne cessent d’ériger toutes sortes de fronts qui évidemment on lamentablement échoué... C’est le cas du FAR, COD, FOD dans les années 1990. Tous ces fronts y compris le CAP-2015  avaient des limites et des lacunes évidentes notamment :
 
* Par son caractère de simple conglomérat conjoncturel de partis et d’organisations, sans aucune structure permanente.
 
*  Par son objectif purement électoral ;
 
*  Par leur refus de définir le contenu de la lutte pour la démocratie et de tracer une perspective claire... Bref par une absence de programme. Voilà ce que nous pouvons noter sur le CAP-2015 en tant que structure politique.
 
Quant à L’ANC, elle  apparaît  comme un parti qui ne diffère pas des autres partis de l’opposition dite démocratique, et qui ne vit que sur  le mythe de feu Olympio. C’est un parti qui n’a aucune stratégie.  Autant dire qu’ils sont allés aux élections parce qu’ils ne savent  pas quoi faire. Il est d’ailleurs bien clair que le recours à un énième mémorandum sur les élections du 25 avril dont on peut prévoir le résultat n’est qu’une simple gesticulation, une manière stérile d’occuper la scène politique pour continuer d’exister.  Il n’en demeure pas moins que c’est le seul parti de l’opposition dite démocratique qui continue de semer des illusions au sein des masses togolaises.
 
Il doit être clair que l’ANC  fait partie du système au même titre que les autres partis: depuis sa naissance en octobre 2010, elle a participé à toutes les  discussions et dialogues avec le clan Gnassingbé,  sur la question du pouvoir, en sont la preuve. Bien qu’ayant déjà un pied dans l’appareil d’Etat, elle n’y participe pas encore de manière visible et  elle a  su  ainsi éviter le discrédit qui frappe les autres partis. Aujourd’hui elle n’a plus le choix: ou bien elle participe au pouvoir d’Etat, par ses députés ou par sa future entrée  au gouvernement à travers une énième négociation. Dans ce cas elle ne fera qu’accélérer son discrédit; ou bien elle refuse d’y participer, mais elle n’a rien à proposer en dehors d’une opposition sans perspective. Il va sans dire que l’absence de perspective est de plus en plus perçue par une grande fraction du peuple et surtout par la base de l’ANC.
 
 
CKRL : Dans cette situation lamentable, si vous osez parlez de discrédit de l’ANC et des autres partis de l’opposition ; quelle perspective vous donnez-vous donc à cette lutte qui depuis 25 ans et qui peine d’aboutir ? En somme, que faire pour conduire cette lutte démocratique  à son terme?
 
Nous devons comprendre que la nature même a horreur du vide, les compatriotes les plus sincères, déterminés pour continuer cette noble lutte ne vont pas rester les bras croisés....Sur ce, une des conséquences de cette  situation sera sans nul doute l’afflux vers les véritables organisations démocratiques et anti-impérialistes de nombreux militants déçus des partis de l’opposition dite démocratique. Ces organisations y compris la nôtre auront de nouveaux venus qui vont à leur tour nous demander pourquoi nous ne nous sommes pas fait connaître plus tôt, si ce n’est pas trop tard. Ce ne sera pas pour nous une surprise. C’est là une confirmation de la justesse de notre ligne politique et de notre pratique qui consiste à laisser les masses faire leur propre expérience. C’est une situation politique qui nous invite à redoubler de vigilance et d’esprit de responsabilité.  En effet, les nouveaux viendront en notre sein avec les préjugés,  les conceptions, les pratiques  erronées des partis dits de l’opposition démocratique notamment :
 
*  les conceptions régionalistes, tribalistes et putschistes exacerbées par les résultats électoraux ;
 
*  les  conceptions erronées du chef ;
 
* le refus d’étudier, d’approfondir ses connaissances politiques sous prétexte qu’il faut agir ou bien «faire quelques choses»... ! 
 
*  le refus d’une démarcation claire d’avec les faux démocrates ;
 
* le refus de la discipline etc.
 
  Il faudra veiller à  éradiquer toutes ces conception et pratiques erronées pour ne pas en subir nous-mêmes l’influence. Par ailleurs il ne faut pas négliger les tentatives d’infiltrations, surtout lorsqu’il apparaîtra de plus en plus clair que nous représentons l’alternative. Nous y parviendrons si nous appliquons les règles et les principes qui ont été les nôtres jusqu’à présent. Plus que jamais, notre rôle en tant qu’organisation politique en terre d’exil est de rassembler, mobiliser et d’organiser tous les compatriotes dans nos Comités d’Etude d’Action et de Soutien -CEAS – dans la diaspora afin qu’ils apportent leur contribution à cette intrépide lutte que nous menons contre la dictature oligarchique  du clan Gnassingbé et la France impérialiste.
 
Bruxelles, le 30 octobre 2015
 
Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil
 
 
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