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Il est plus que temps de bouter dehors le tyranneau Faure Gnassingbé et de détruire le système dictatorial, conditions indispensables pour instaurer la démocratie.

lome-togo-manifestation-mLe mouvement populaire qui se déroule actuellement a suscité et suscite des interrogations parmi les compatriotes tant sur le sol national que dans la diaspora. Certaines de ces interrogations nous interpellent: on veut connaître notre position à ce propos, savoir ce que nous en pensons, si nous l’approuvons ou non, s’il faut y participer ou non, et dans l’affirmative avec quel mot d’ordre. Nous avons essayé de faire une synthèse de ces interrogations et d’y répondre en présentant l’ensemble sous la forme de questions-réponses. Ce qui nous permet de rappeler par la même occasion nos positions (la position des démocrates) sur les questions essentielles touchant à la lutte pour la démocratie.  Voici donc l’essentiel.

 

 

  • fauredoitpartirQuestion: que pensez-vous  du  mouvement actuel ?

Quatre morts déclarés, des centaines de blessés et d’arrestations… Ce qui frappe d’abord, c’est la barbarie dont fait toujours preuve la dictature oligarchique à l’égard  des masses, que ce soit à Lomé, à Atakpamé, à Sokodé, à Mango, à Bafilo, à Tchamba, à Paratao où à Kara… On bastonne, on poursuit les manifestants jusque dans leur maison, on frappe, on tue !  Comme nous l’avons toujours affirmé, nous voyons bien que rien n’a changé chez nous, que Gnassingbé fils n’est guère différent de Gnassingbé père, que c’est le même régime d’oppression de pillage et de misère qui perdure. Mais nous pouvons constater aussi, une fois de plus, le courage et la ténacité dont le peuple peut faire preuve. Ce mouvement s’est pratiquement étendu sur tout le territoire ; il  implique l’ensemble du peuple; il apporte un démenti cinglant aux  arguments régionalistes et tribalistes que le pouvoir utilise dans ces circonstances dans le but de nous diviser et de nous affaiblir. Surtout, on ose davantage affronter la répression. Visiblement, la peur est en train de changer de camp.

Car le plus intéressant dans tout cela, c’est qu’on entend de plus en plus dans les rangs des manifestants le mot d’ordre de «Démission !». Ainsi il apparaît que nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à ne plus vouloir se contenter des revendications mises en avant par l’opposition dite démocratique, à savoir les fameuses réformes constitutionnelles et institutionnelles, le retour à  la constitution de 1992, avec la limitation du nombre des mandats présidentiels à deux (2)  et le retour à l’élection présidentielle à deux tours. On se rend même compte que même ceux qui réclament encore les réformes  souhaitent en fait eux aussi le départ des Gnassingbé; seulement ils continuent encore de compter sur ces réformes pour parvenir à ce même résultat. Ce sont des gens qui ont encore besoin d’être éclairés mais dont les yeux sont en trains de s’ouvrir. Et si on les ajoute à ceux qui de manière consciente réclament effectivement le départ de l’apprenti dictateur, soit parce qu’ils ont fini par tirer leçon de leur expérience, soit parce qu’ils ont été convaincus par nos arguments, cela  doit faire un nombre certainement pas du tout  négligeable. 

En d’autres termes, ce sont  les partisans des revendications pour les réformes, les promoteurs de ces marches, qui  sont en train d’être eux-mêmes dépassés. A tel point que même un Jean-Pierre FABRE  qui, oubliant sa simple dignité d’homme, n’a aucune honte à se prévaloir du titre de «chef de file de l’opposition» que lui a octroyé ce régime, a fini par admettre que le simple retour à la constitution de 1992 ne suffit plus…

Pour ce qui nous concerne, notre soutien à  la lutte du peuple pour la démocratie est total, et nous soutenons en  particulier le  mot d’ordre de « Faure démission !», que mettent en avant des manifestants de plus en plus nombreux. Nous relèverons seulement que ce mot d’ordre fait suite à celui de « Eyadéma démission !» que le peuple avait déjà lancé il y a près de vingt-sept ans, en octobre 1990 ! Un mot d’ordre que l’opposition dite démocratique avait alors réussi à étouffer. Il est plus que temps de bouter dehors le tyranneau Faure Gnassingbé !  Naturellement il doit être entendu que nous ne devons pas nous contenter de cela : le départ de Faure n’est qu’un préalable au démantèlement du système d’oppression de pillage et de prédation actuel, sans lequel il n’y a pas de démocratie réelle. Sur tous ces points, nous observons de la part de FABRE et de ses compères un silence assourdissant. Nous ne connaissons que trop bien la phrase rituelle : « Allons-y ! L’essentiel est d’agir, on verra après !».

Nous savons comment cette phrase continue de nuire depuis le 21 novembre 1966, lors de la manifestation contre le gouvernement GRUNITZKY. C’est  pourquoi  nous  nous démarquons des mots d’ordre de réformes constitutionnelles et institutionnelles et de retour à la constitution de 1992. Ces mots d’ordre ne visent qu’à éloigner le peuple de l’essentiel : l’organisation et la lutte pour la destruction du système dictatorial, condition indispensable pour instaurer la démocratie.

 

  • Question: la juste solution est donc de continuer la lutte jusqu’au retour à la constitution de 1992, jusqu’aux réformes constitutionnelles  et institutionnelles ?
  • Cette constitution de 1992, ces réformes n’ont donc rien à voir avec la démocratie.
  • Voyons d’abord les conditions d’élaboration de la constitution de 1992.

Nous rappelons qu’elle a vu le jour dans un contexte marqué par la reprise en main opérée par le pouvoir Eyadéma: un instant ébranlé par le soulèvement populaire d’octobre-novembre 1990, Eyadéma avait su profiter du répit que lui avait laissé la politique de dialogue et de négociation inaugurée en mars 1991, (dont le summum fut la fameuse «conférence nationale souveraine»), pour reconsolider son pouvoir et  opérer un retour en force; il n’avait pas hésité à perpétrer un putsch contre le gouvernement Koffigoh en décembre 1991; la fameuse grève générale illimitée ne l’avait guère touché. Cette constitution, élaborée dans ce contexte politique, n’a été l’objet d’aucun débat sérieux au sein du peuple. S’il nous arrive parfois d’expliquer pourquoi la constitution de 1992 n’avait aucune chance d’être appliquée, et pourquoi il faudrait commencer par se débarrasser de l’obstacle principal à son application, c’est-à-dire la dictature, c’est seulement pour renvoyer les leaders de l’opposition dite démocratique à leur ambiguïté et à leurs contradictions; pour bien montrer comment ils évitent d’aborder  la vraie question, celle du rôle décisif de la lutte populaire.

Comment peut-on donc croire un instant qu’un autocrate comme Eyadéma pourrait se sentir lié par une constitution qui pourrait limiter son pouvoir ? Fallait-il même se préoccuper de constitution ? C’est ainsi qu’il faut poser la question.

Évidemment, on ne cesse de répéter que la constitution a été malgré tout approuvée par près de 98% des suffrages, y compris par les tenants du RPT;  mais des leaders de l’opposition démocratique ne sont-ils pas capables de comprendre que ce n’était qu’une ruse, et que l’autocrate violerait la constitution à la moindre occasion ?  Mais s’ils ne sont même pas capables de prévoir une éventualité aussi évidente, aussi prévisible, à quoi servent-ils donc ? Les mêmes  disent aussi qu’il y avait l’accord cadre de Lomé (juillet 1999) et la garantie donnée par la parole de  Chirac. Un Chirac dont on connaît les liens avec le clan Gnassingbé ! Évidemment, c’est que pour nos faux démocrates Chirac, un président français est toujours «le patron» et sa parole est toujours parole d’évangile ! Telle est la triste réalité.

Mais, nous le répétons, cela ne veut pas dire pour autant que les démocrates sont partisans d’un retour à la constitution de 1992 ; en aucun cas ils n’ont l’intention de se joindre à l’opposition dite démocratique pour cela. Nous ne disons pas du tout qu’il faut se débarrasser du pouvoir et de son système pour pouvoir appliquer la constitution de 1992. Nous disons qu’il faut se débarrasser du pouvoir et  aussi  de son système, et que c’est à cette condition que nous pourrons librement nous doter d’une nouvelle constitution, une constitution réellement démocratique.

À propos de la constitution de 1992, nous disons qu’il s’agit d’une escroquerie, sans le moindre rapport avec la démocratie. Une constitution démocratique est l’œuvre d’une instance élue : l’élection, c’est une des bases de la démocratie. On commence donc par élire les constituants, et cette élection est l’occasion d’un vaste débat, un débat où la pédagogie, l’explication, l’écoute tiennent une grande place. Sur ces bases, les élus reçoivent un mandat du peuple et  peuvent ainsi œuvrer sous l’œil vigilant de ce dernier. Le référendum constitutionnel sert ensuite à confirmer la volonté populaire.  Mais Il n’y a rien eu de tel chez nous en 1992. Qui a donc élu les constituants ? Personne. Ils sont issus d’une «conférence nationale», qui elle-même n’est issue d’aucune élection, et qui s’est proclamée «souveraine». Une assemblée qui s’est inventé une souveraineté de pacotille dont les limites réelles ne dépassaient pas le Palais des congrès où elle tenait ses assises.

On nous explique qu’on s’est inspiré de l’exemple des constituants français de 1789, mais on oublie que ces derniers étaient des élus ! Tout cela n’était qu’une vaste escroquerie dont nous souffrons encore aujourd’hui. Certains esprits confus continuent encore de se livrer à des amalgames ridicules et de  faire passer pour des partisans de l’autocrate ceux qui mettent en doute le bien-fondé et la nature de cette conférence. Nous leur disons qu’il faut regarder la réalité en fasse pour tirer les leçons nécessaires si nous voulons en sortir.

  • Question: Les conditions n’étaient sans doute pas réunies pour procéder à l’élection d’une constituante ? Cela veut dire que la tâche prioritaire était justement de réunir ces conditions, c’est-à-dire de conquérir la démocratie au préalable ? Cette constitution de 1992 n’a-t-elle pas  été approuvée à près de 98% ?

C’est bien là que réside une autre escroquerie. Car ce pourcentage ne prouve en rien son caractère démocratique, mais seulement le degré d’illusion à laquelle le peuple a été soumis. C’est ce que confirme d’ailleurs la proposition d’OBUTS, préconisant la traduction de la constitution en langues nationales: la majorité de ces presque 98% des suffrages ignorent la langue française et n’avaient aucune idée du contenu de cette constitution qu’ils ont soi-disant approuvée ! Ils ont voté selon les consignes qu’ils ont reçues de «Gil» (Gilchrst-Olympio), du «Maître» (AGBOYIBO), du «Professeur» (Gnininvi) et des autres faux démocrates. On s’est tout simplement moqué d’eux ! Quant aux tenants du RPT, eux savaient que l’autocrate Eyadéma, leur chef, était capable de faire ce que bon lui semblait de cette constitution, et que c’était un vote pour la forme. Ce pourcentage élevé n’a donc  pour nous aucune signification quant à la légitimité ou au caractère démocratique de cette constitution, ni dans son élaboration. C’est ce qui se confirme d’ailleurs quand on prend la peine de jeter un coup d’œil sur son contenu.

Cette constitution n’est  qu’une copie servile de la constitution de la Vème République française, sans aucun rapport sérieux avec nos réalités historiques, politiques  et sociales. Un Français peut avoir ses raisons pour défendre la constitution de la Vème République : en  évoquant l’instabilité permanente de  la IVème république avec son régime parlementaire, et le besoin de stabilité à travers une nouvelle constitution de type quasi présidentiel, et qui soit en  plus à la mesure d’une personnalité historique comme de Gaulle. Il n’est pas certain que ce soient là les seules raisons, mais il peut y avoir au moins une explication politique.

Mais qu’est-ce qui justifie un tel régime chez nous ? Surtout après des décennies de dictature autocratique, de pouvoir personnel porté à son extrême ? Peut-on se permettre de mettre en place un régime qui s’incarne en un seul individu ? C’est une question qui mérite au moins d’être posée. Voilà qui montre au moins l’utilité d’un débat préalable ! Mais l’opposition dite démocratique ne s’en donne même pas la peine tant elle demeure d’une servilité lamentable. Tant elle croit avoir trouvé la solution avant même de commencer à chercher !manif2

Mais il y a aussi ce fameux article 150 qui prévoit constitutionnellement l’intervention de troupes étrangères en cas de coup d’État; un article qui monnaie, qui aliène d’avance la souveraineté nationale et populaire ! Une constitution qui entérine donc notre situation de néo-colonie, et qui constitue en fait un danger pour notre démocratie.L’article 150 illustre en effet à lui seul le caractère néocolonial de cette constitution.

C’est un article d’inspiration fondamentalement anti-démocratique. En effet, nous le savons depuis 1963 un appareil militaire antipopulaire s’est mis en place dans notre pays et constitue une épée de Damoclès, au-dessus du peuple. On l’a vu à l’œuvre avec le putsch de décembre 1991 contre le gouvernement Koffigoh, celui de 2005 pour imposer au pouvoir Faure Gnassingbé, dans les divers massacres qui ont émaillé la vie politique nationale durant ces dernières années, et dans l’arrogance dont ses représentants ont fait preuve face à la CVJR.  Il va sans dire qu’on ne peut pas résoudre la question de la démocratie chez nous sans résoudre de façon nette et définitive cette question de l’appareil militaire. C’est pour cette raison que les démocrates parlent de la nécessité de démanteler le système.

Mais les faux démocrates quant à eux, puisque leur seule ambition est de goûter au pouvoir et non d’œuvrer pour la démocratie, refusent de s’attaquer à cette question de l’armée, en tant que question centrale de la démocratie; et dans ce sens ce sont effectivement des antidémocrates. Ou alors ils préfèrent contourner le problème en remettant leur sort entre des mains étrangères; démarche qui permet de les qualifier à juste titre d’antipatriotes. Ne serait-ce qu’en référence à notre hymne national. Que dit donc notre hymne national ?

«Que viennent les tyrans….Vainquons ou mourons mais dans  la dignité.» L’Hymne national ne prévoit qu’une seule réaction face à la menace des tyrans (et les putschistes sont des tyrans en puissance) : c’est de lutter sans défaillance;  il ne prévoit qu’une issue: la victoire, ou alors la mort au cas où les tyrans se révéleraient plus fort, car cela peut arriver; mais la mort dans la dignité. 

Que dit au contraire l’article 150 ? Cherchons vite du secours ! Abritons-nous derrière les accords de coopération et de défense ! Faisons fi de notre dignité. On ne peut pas se montrer plus antipatriotique. Ils pensent avoir trouvé la solution en bradant la souveraineté nationale à une puissance étrangère. Un régime hypothéqué à ce point ne peut pas être démocratique. L’article 150 suffit donc à lui seul à confirmer le caractère néocolonial de cette constitution. Incontestablement les auteurs de cet articles, et ceux qui l’approuvent, sont des valets de l’impérialisme.

Le plus grave, c’est que ceux sur lesquels comptent ses faux démocrates sont ceux-là mêmes qui forment encadrent nos militaires putschistes ! D’ailleurs les exemples récents de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso montrent bien où tout cela peut conduire.

En Côte d’Ivoire, lorsque le gouvernement de Laurent Gbagbo est l’objet d’une tentative de coup d’État suivie d’une rébellion armée, il fait appel à la France en évoquant les accords de coopération militaire et de défense ; la France refuse d’intervenir sous prétexte qu’il s’agit d’une affaire interne (les rebelles putschistes viennent du Burkina Faso où ils ont été entraînés et équipés par l’autocrate Compaoré !).

Entre temps le gouvernement Gbagbo parvient à faire face, à repousser les rebelles putschistes et menace de les anéantir, alors la  France intervient au nom de la «conciliation», en s’abritant derrière la «communauté internationale», et notamment les Nations unies. On connaît la suite : ce sont les putschistes qui sont au pouvoir !

Le cas du Burkina Faso  en 2014, est de la même veine : la France a simplement exfiltré l’autocrate Compaoré, lui évitant ainsi d’avoir rendre compte au peuple sur ce que ce dernier était en droit de lui demander, et lui a permis ainsi de préserver son impunité. On connaît la suite de ses accords qui constituent une menace permanente, en se mettant sous la dépendance étrangère. Voir le cas de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Pour les démocrates, la priorité c’est l’organisation, la mobilisation et la lutte pour la démocratie. Pour cela, il faudrait déjà, après l’instauration de la démocratie, commencer par élire une assemblée constituante, ouvrir un large débat public. On voit bien que les vrais démocrates envisagent les choses différemment des leaders de l’opposition dite démocratique.

  • Question: N’est-ce pas contribuer à diviser, donc à affaiblir l’opposition ?

Toutce qui vient d’être dit permet de bien comprendre pourquoi, nous, les démocrates, nous n’avons rien à voir avec ceux qui se disent de l’opposition démocratique. Dans les pays démocratiques tels qu’on les rencontre en Europe, en Amérique, à l’issue d’élections régulières, il y a une majorité gouvernementale et une opposition. L’opposition, c’est ceux qui font face à cette majorité gouvernementale.  Majorité et opposition font partie du même régime, elles en acceptent les règles et l’opposition est certaine d’accéder un jour à son tour à la majorité gouvernementale.  Face à une dictature, on ne peut donc parler que de démocrates, parce que le terme d’opposition sous-entend (quoi qu’ils en disent) la volonté d’assimiler le pouvoir dictatorial à une simple majorité gouvernementale, de nier donc son caractère dictatorial et de justifier ainsi les compromissions avec ce pouvoir. Nous, démocrates, nous n’avons aucune intention de nous joindre à eux, sous prétexte d’unité de l’opposition. Nous ne voulons pas d’une alternance avec la dictature, nous voulons la destruction de la dictature et l’instauration de la  démocratie !

Pour en revenir à la question des risques de divisions, nous dirons d’ailleurs qu’ils sont eux-mêmes déjà incapables de s’unir. C’est toujours ainsi depuis les COD (1 et 2) jusqu’à maintenant.  Pourquoi ? Parce que, pour s’unir, il faut avoir un projet commun, par exemple la démocratie pour le peuple. Or les leaders des partis de l’opposition dite démocratique, malgré ce qu’ils racontent, n’ont pas de projet commun : ils ne luttent pas du tout pour l’instauration de  la démocratie pour le peuple; ils n’ont que des ambitions personnelles à satisfaire, des  projets individuels à réaliser et les différents partis qu’ils ont constitués autour d’eux ne servent en fait qu’à cela. On le voit par exemple dans  la manière dont Agboyibo, sous des prétextes aussi futiles que lamentables, n’a pas hésité à provoquer une scission au sein du CAR, et à affaiblir ainsi son propre parti.

Ce n’est nullement une question de divergence politique, et surtout pas sur la question de la démocratie;  il suffit de gratter un peu pour voir qu’il s’agit avant tout d’une question de gros sous: plus précisément qu’il s’agit pour Agboyibo de récupérer son poste de premier responsable et les avantages matériels qui vont avec: les missions à l’étranger, les rencontres avec des fondations des pays impérialistes qui octroient des fonds sous prétexte de promouvoir la démocratie chez nous. Il ne fallait pas laisser tout cela à Apévon ! C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles chaque faux démocrate veut avoir «son» parti, et que les partis politiques se sont multipliés autant dans notre pays. Ils ne sont donc pas près de s’unir de façon durable, parce qu’ils ne cesseront jamais de vouloir chacun tirer la couverture à soi.

D’ailleurs on voit que l’union qu’ils essaient de recréer face à la situation ne dure jamais longtemps. Qu’est-ce que cette union d’ailleurs toujours sporadique et pour cause, a apporté à la démocratie ? Rien. Inutile donc de continuer à la souhaiter.  Les démocrates souhaitent aussi l’union; mais cette union n’a rien à voir avec le conglomérat des partis de l’opposition dite démocratique; c’est l’union du peuple autour d’un objectif politique un objectif auquel adhère le peuple c’est-à-dire la majorité de la population. Une adhésion populaire sous une forme organisée, et dans ce cas on peut même aller à l’unité populaire.

  • Question: comment donc est possible ? Peut-on se  passer  de ces partis et de leurs leaders ? Que faire ?

C’est nécessaire et c’est fort possible. Les exemples abondent à ce sujet. Prenons le plus récent, le plus proche géographiquement par ailleurs, celui du Burkina Faso. Au Burkina Faso, c’est en refusant toute nouvelle négociation que le peuple en lutte est venu à bout du pouvoir autocratique de Compaoré. C’est après la chute de Compaoré qu’une nouvelle constitution a été adoptée. Nous ne dirons pas du tout que la démocratie est complète au Burkina Faso, et ce n’est pas ce que disent d’ailleurs les démocrates burkinabé. Mais au moins le peuple a réussi à se débarrasser de son tyran et il y a des choses que le régime mis en place ne peut plus se permettre. Cela a été réalisé au prix de dizaines de morts.  Mais avec la démocratie par la négociation et par les urnes, c’est par centaines que l’on peut compter les morts chez nous alors que nous n’avons  même pas réussi à nous débarrasser du clan Gnassingbé. Face à ce constat amer, on nous sert le même argument : le Togo, ce n’est pas le Burkina Faso ! Argument facile, prétexte pour éviter de réfléchir sérieusement sur la question, pour situer les responsabilités et pour tirer de vraies leçons.

  • Question : Qu’en est-il réellement de cette question de différence ? Que pouvons-nous apprendre du Burkina Faso ?

Nous admettons aussi bien volontiers que le Togo n’est pas le Burkina Faso ; mais nous ne situons pas les différences au même niveau que les faux démocrates. En effet, à  quelques nuances près, liées surtout à la forte résistance du mouvement démocratique, le régime Compaoré n’était pas moins autocratique, moins sanguinaire, moins antipopulaire que celui d’Eyadéma et sa réputation de sanguinaire dépasse largement les frontière du Burkina Faso; les deux régimes n’hésitaient d’ailleurs pas à se donner la main, à s’épauler mutuellement pour porter des coups au peuple, à tel point les deux autocrates étaient proches.

Par ailleurs, tout comme chez nous, il existe également une opposition dite démocratique, avec des leaders qui sont des équivalents de nos Agboyibo, et autres Edem Kodjo et consorts, et qui ne sont pas plus démocrates que ces derniers. Anciens collaborateurs de l’autocrate Compaoré, ils sont devenus des «opposants», et ont créé leurs propres partis dans l’espoir d’assurer leur ascension politique bloquée par le système autocratique. Rien donc de bien différent par rapport à chez nous. Sauf sur un point, et il est fondamental: c’est l’existence au Burkina Faso d’un puissant mouvement démocratique populaire, et la montée irrésistible de ce mouvement indépendamment des leaders de l’opposition dite démocratique et de leurs partis.

Pour un Agboyibo par exemple, et pour les autres faux démocrates de chez nous, le mouvement populaire n’est qu’un moyen de pression qu’il faut conjuguer avec la pression de la «Communauté internationale» pour négocier avec la dictature et pour obtenir des concessions. En langage clair, cela signifie que pour lui et pour ses compères, le mouvement populaire est au service de la démocratie par la négociation et par les urnes, autrement dit au service de leurs intérêts et ambitions.  Il peut affirmer cela parce que lui et ses compères peuvent encore se permettre de manipuler ce mouvement. C’est ce qui lui a permis  d’accéder au poste de premier ministre  après le putsch de  2OO5 et les massacres qui ont suivi. Fabre quant à lui vient d’avoir en récompense le titre de «chef de file de l’opposition», en récompense à ses manipulations lors de l’élection de 2015. 

Au Burkina-Faso un mouvement démocratique s’est développé et se développe en suivant sa propre dynamique. Cela se traduit par de puissantes organisations de masses indépendantes des leaders de l’opposition dite démocratique. On a parlé du rôle des organisations de «la société civile» pour expliquer la force du mouvement démocratique burkinabé.

Pour notre part, nous ne savons pas ce qu’on désigne exactement par ce terme, et nous préférons utiliser celui d’organisations démocratiques. Grâce aux organisations démocratiques, le peuple a su créer son unité autour d’un objectif commun : le refus du tripatouillage constitutionnel et le départ de l’autocrate Compaoré. Les faux démocrates ne peuvent pas lui dicter sa conduite, lui imposer leur programme. Ce sont eux qui sont obligés de se rallier, pour ne pas être largués, pour «être dans le coup». Il ne pouvait donc plus être question d’une quelconque négociation du moment que le peuple avait décidé ainsi. Compaoré ne pouvait que partir. On constate encore aujourd’hui que chez nous ce sont ces leaders qui continuent de convoquer aux manifestations et aux meetings, qui imposent leurs mots d’ordre. Ils gardent donc encore une certaine emprise, même si, comme nous le constatons, ils sont de plus en plus contestés.

Pour montrer la grande différence avec notre situation, nous allons prendre l’exemple de la tentative putschiste du général Diendéré. Nous rappelons qu’un pareil coup a eu lieu chez nous et comment les choses se sont passées : nous nous rappelons la nuée de négociations et de propositions de négociations qui se sont abattues sur le pays la CEDEAO, l’IOF, le Gabon, le Nigéria ; nous nous rappelons la concurrence effrénée que se livraient les leaders de l’opposition dite démocratique à ce sujet.

Rien de tel au Burkina Faso. Quand Diendéré a perpétré son coup d’État, les mêmes négociateurs ont déferlé sur le Burkina. On se souvient notamment de Macky Sall et de ses propositions d’accord.  À ceux-là, le peuple dans la rue a simplement répondu: on ne négocie pas avec des putschistes. Le résultat, au Burkina Faso : un général putschiste est en prison, le régiment spécial présidentiel sur lequel il s’appuyait est dissous; c’est incontestablement la conséquence de la fermeté des masses populaires, de la force du mouvement démocratique populaire.

Chez nous où, faute d’un puissant mouvement démocratique populaire, la négociation a prévalu, le candidat putschiste est devenu président de la république, on en est encore à demander la limitation du nombre des mandats. Mais comme nous le disons, nous constatons que les choses sont en train de changer, nous percevons une élévation certaine de la conscience populaire 

  • Question : comment expliquer cette élévation de la conscience politique ? 

Ceci est le résultat du travail des démocrates et de l’expérience pratique du peuple lui-même. Expliquons-nous. Nous nous rappelons que dès le départ, lorsque le  peuple est massivement descendu dans la rue, en 1990-1991, la revendication qu’elle mettait en avant ne présentait aucune ambiguïté: c’était bien le départ de l’autocrate Eyadéma. C’était au nom de «Eyadéma démission» qu’il manifestait. Bien que privé pendant de longues années, par la force des choses, de toute information démocratique, il avait compris d’instinct que le départ du tyran était le préalable indispensable à tout changement véritable. Puis se sont présentés sur la scène politique des gens prétendument «compétents», qui ont commencé à lui présenter autre chose: à savoir qu’on peut obtenir la démocratie par le dialogue et la négociation, que la lutte populaire serait synonyme de violence, et qu’il fallait donc l’éviter. Ces gens ont réussi à imposer leur politique, et c’est ce qui se poursuit depuis 1991, depuis la signature en 1991 de l’accord gouvernement-opposition, cette opposition étant représentée par le FAR (Front des associations  pour le renouveau).repression1

Souvenons-nous. Nous somme en mars 1991. Depuis 5 mois, tout le pays est en effervescence. Le  mouvement populaire ne cesse de monter, malgré les paroles apaisantes du dictateur. Visiblement, le pouvoir chancèle sur ses bases. Justement en ce mois de mars, une nouvelle grève générale illimitée est sur le point d’être déclenchée, et on se demande si cela ne va pas être le coup de grâce pour l’autocrate. C’est alors qu’on annonce la création de ce Front d’association pour le renouveau (FAR) présidé par AGBOYIBO, et censé représenter «l’opposition»; puis on nous apprend l’ouverture imminente d’un dialogue gouvernement-opposition.

La grève est  alors désormais considérée comme inutile et s’arrête. On nous explique aujourd’hui que c’est ce premier dialogue qui a permis le multipartisme, mais rien n’est plus faux. En effet, il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler que le multipartisme n’était pas du tout à l’ordre du jour avant octobre 1990, justement ;  c’est bien la lutte populaire déclenchée depuis octobre 1990 qui a conduit le pouvoir à la nécessité de lâcher du lest. Non pas parce qu’elle rendu l’autocrate Eyadéma ouvert au dialogue, mais parce qu’elle avait quelque peu désorganisé et affaibli son pouvoir.

Le dialogue a plutôt servi à désamorcer le mouvement populaire et à conforter le régime.  Agboyibo et  ses compères du  FAR, en inaugurant la politique du  dialogue, ont en fait sauvé le régime, telle est la réalité. Ce ne sera pas la dernière fois. Le  même scénario va se répéter ainsi pendant  près de 20 ans : d’abord le dialogue et un accord, qui est aussitôt violé, puis c’est la fraude électorale et la répression, suivies de protestations de l’opposition dite démocratique; puis de nouveau c’est le dialogue et un   accord. C’est ainsi que le régime a tenu depuis 1990 jusqu’à présent. C’est  d’ailleurs le même scénario qu’on est encore de nous répéter aujourd’hui, avec l’arrivée du représentant des «Nations unies» Chambas IBN, qui a déjà sévi chez nous en tant que représentants de la CEDEAO dans les années 2005

Les démocrates n’ont jamais épargné leur effort pour montrer combien la démocratie par la négociation et par les urnes est une illusion ; ils se sont toujours efforcés de faire comprendre que ce n’est pas la constitution qui «fait» la démocratie, que la vraie démocratie est l’œuvre de la lutte populaire. Mais Ils ont toujours fait preuve de patience dans leurs explications, persuadés  que le peuple par la pratique doit se faire sa propre expérience pour se convaincre de la justesse de leurs positions. C’est ce qui est en train de payer.

Aujourd’hui des compatriotes de plus en plus nombreux se rendent compte   par leur expérience et par la pratique, de la manière dont les leaders de l’opposition dite démocratique les mènent par le bout nez, et que la démocratie par le dialogue et par les urnes est une voie sans issue pour eux. Dans le même temps, ils constatent que certains de ces leaders en tirent un profit qu’ils ne dédaignent nullement, au contraire : comme premiers ministres, comme ministres, ou comme «chef de file de l’opposition». Ils sont en train de découvrir la supercherie dont ils ont été les victimes jusqu’à présent. C’est ce constat qui les conduit à se tourner vers nous de plus en plus nombreux et à prendre en considération nos analyses et positions.

Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils ne peuvent pas ignorer la grande leçon de choses que le peuple burkinabé avec son soulèvement de 20014-2015, vient de leur administrer. Ils ne peuvent pas ne pas relever, que le peuple burkinabé en lutte a  catégoriquement rejeté toutes les tentatives de dialogue que la fameuse «communauté internationale» voulait lui  imposer et que c’est sa fermeté qui a payé ; ils n’hésitent pas à déclarer que «Compaoré serait encore aujourd’hui au pouvoir si les Burkinabés avaient fait comme nous»; certains d’entre eux, allant jusqu’à comparer le nombre de morts dans les deux pays, n’hésitent pas à conclure que la «politique de dialogue  a décidément  coûté plus cher en vies humaines  que  la politique de confrontation». C’est tout cela qui donne un écho de plus en plus important à la position des démocrates à ce sujet.

En effet, ce que démontre la reprise actuelle de ces manifestation, c’est bien la  démonstration une fois de plus que ce n’est pas la constitution qui instaure la démocratie, que la constitution démocratique, la vraie, c’est celle qui vient  confirmer, par la loi, la démocratie conquise par le peuple en lutte. Et c’est bien l’impuissance de ceux qui prônent une telle politique que tout cela met en lumière. D’ailleurs le simple bon sens nous permet de bien comprendre cela : on a plus de chance de  guérir un mal en remontant à sa source qu’en soignant ses effets. Il faut commencer par nous débarrasser des oppresseurs,  à savoir le régime de dictature néocoloniale, pour avoir des chances de se doter d’une constitution démocratique et de pouvoir l’appliquer.

Il est vrai que nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à revenir de leurs illusions; ils n’hésitent pas à adresser des avertissements à  ces leaders pour le cas où ils s’aviseraient d’engager de nouveaux dialogues et de nouvelles négociations. Nous disons à ces compatriotes : vous ne devez pas vous contenter de lancer des avertissements, car cela voudrait dire que vous pourriez encore attendre quelque chose d’eux, alors que la réalité démontre chaque jour le contraire !  Alors qu’ils se sont disqualifiés ! Vous devez aller jusqu’au bout de votre pensée et vous démarquer d’eux, les ignorer définitivement.

Vous devez vous joindre à l’union populaire qui est en train de se constituer. C’est à cette condition que nous pourrons avancer ! Nous disons aussi que le simple départ de Faure ne suffit pas à instaurer la démocratie ! C’est tout le système qu’il faudra changer.

  • Question: que faire donc maintenant ?

Il faut d’abord clarifier les choses pour dissiper certaines illusions. Parmi ceux qui  souhaitent le départ de Faure, beaucoup pensent qu’on peut y parvenir par les réformes et grâce au retour à la constitution de 1992. Cela est fort possible. Mais l’erreur serait de croire que cela suffirait à instaurer la démocratie. Pour comprendre l’importance de l’enjeu, il suffit de se reporter à notre brochure «Démocratie et lutte pour la démocratie»; un ouvrage où  il y  a une définition du pouvoir d’État. Il est question d’un appareil sur lequel repose cet état et dont le contrôle permet de définir la nature de l’État. Chez nous l’appareil militaire est une sorte d’État dans l’État, au service d’un clan.  La constitution n’est qu’un paravent. On l’a vu en 1991 avec le gouvernement Koffigoh. Ce dernier était premier ministre et ministre de la Défense mais les militaires ne lui obéissaient pas du tout à l’exception d’une poignée autour de lui. Puis il  y a eu le putsch de décembre où son pouvoir est devenu encore plus factice.

Rappelons aussi le putsch de 2005. Pour qu’il y ait démocratie il faut écarter définitivement ce danger et ce risque. Ce n’est pas la constitution de 1992 qui pourrait le faire. Seulement la lutte pour démanteler tout le système. Ce démantèlement consiste aussi à demander des comptes à ceux qui ont profité du régime pour s’enrichir impunément et qui peuvent revenir au pouvoir sans avoir besoin de coup d’État, grâce à tout ce qu’ils ont impunément accumulé. Il faut prendre des dispositions en conséquence. Pour tout cela il faut nous organiser comme nous l’avons souligné ; nous organiser pour discuter, réfléchir et lutter ensemble.

Ce démantèlement doit être suivi de la mise en place d’institutions nouvelles réellement démocratiques caractérisées notamment par la priorité des élus sur les non élus. Cela n’a rien à voir avec la constitution de 1992. Cela signifie une nouvelle constitution et d’abord l’élection d’une constituante. Pour atteindre ces objectifs, une solution: l’organisation et la lutte. Plus que jamais la lutte et l’organisation sont les impératifs d’aujourd’hui. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler dès maintenant.

Bruxelles le 5 octobre 2017

LE TOGO EN LUTTE

Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Infos : www.togoenlutte.org

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