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De la nécessité de combattre les faux démocrates de l’opposition

Edem-KodjoEn juillet 1999, les chefs de l’opposition dite démocratique, en rang par deux et toute honte bue, étaient allés rencontrer Jacques Chirac, Président de la république française alors en visite au Togo. Ils étaient revenus de cette rencontre avec de «bonnes nouvelles»: «la promesse» et «l’engagement d’Eyadéma» de ne pas briguer un troisième mandat en 2003, et d’organiser des élections législatives anticipées en mars 2000. Jacques Chirac lui-même se portait garant de cette «promesse» et de cet «engagement», et dans la foulée, on annonçait le 29 juillet, la conclusion d’un «Accord-Cadre» censé «débloquer le processus démocratique». Bref, l’euphorie était générale. Mais aujourd’hui, la situation politique vient une fois de plus hélas, de nous donner raison: Eyadéma s’est fabriqué une nouvelle majorité parlementaire à sa dévotion, et naturellement bien disposée à lui ouvrir la voie d’un troisième mandat. Mieux, c’est lui qui est choisi par la CEDEAO1, pour diriger la médiation entre les «mutins» et le gouvernement de la Côte d’Ivoire, et qui reçoit chez lui les deux parties. Ce choix est un signe de reconnaissance internationale, car il n’a certainement pas pu se faire sans l’aval et l’appui des grandes puissances, particulièrement de la France. Et voici donc Eyadéma de nouveau «homme de paix». Cette situation catastrophique dans laquelle le peuple a été embourbé, nous a conduits non seulement à conclure une fois de plus, que l’autocratie et l’opposition sont les deux obstacles intérieurs dressés sur le chemin de la liberté et de la démocratie, mais à proclamer ouvertement que cette opposition doit être résolument combattue pour que le processus puisse progresser.

Certains de nos compatriotes se disent choqués par cette position et trouvent que nous allons décidément «trop loin». Que l’on émette quelques critiques à l’endroit de ces leaders, c’est quelque chose qu’ils veulent admettre, mais de là, à les traiter d’ennemis qu’il faut combattre au même titre que la bande à Eyadéma, ils ne peuvent s’y résoudre. Ils voudraient que nous fassions comme la CDPA-BT2, qui passe son temps à décerner des bons et des mauvais points à l’opposition, et veut encore faire croire qu’avec son aide et ses conseils, elle peut aider celle-ci à «mieux faire». Nous ne partageons pas du tout ce point de vue, et ce pour une raison bien simple. Nous sommes des démocrates, et nous voulons faire notre devoir de démocrates.

Un vrai démocrate, c’est celui qui apprend au peuple à savoir distinguer ses amis de ses ennemis.

Ce qui caractérise le démocrate, c’est le fait que l’intérêt du peuple et de la démocratie est au centre de ses préoccupations. Le démocrate c’est celui qui met son intelligence, son énergie et ses capacités au service de cette préoccupation, et qui se fixe comme devoir d’amener le peuple à élever sa conscience démocratique, c’est-à-dire à assimiler les principes démocratiques.C’est celui qui apprend au peuple à savoir distinguer ses amis de ses ennemis, à comprendre si tels actes, tels faits vont dans le sens du changement démocratique, ou au contraire, constituent une entrave. Il ne suffit donc pas de se répandre en professions de foi sur les élections libres et transparentes et sur l’Etat de droit pour être démocrate. Surtout à l’heure où même le RPT3 se dit partisan de l’Etat de droit et de la démocratie. Le démocrate est un farouche partisan de la clarté et de la vérité démocratiques. C’est pourquoi il mène une activité d’explication permanente, contrairement au faux démocrate, seulement préoccupé d’être élu député ou autre, et qui ne s’active que pendant les périodes électorales. Le vrai démocrate ne craint pas d’être minoritaire à un moment donné, parce qu’il sait que les prises de conscience se développent de manière inégale, et parce qu’il ne vise aucun avantage personnel particulier.

Pour nous, l’exemple de vrais démocrates nous est fourni par ceux qui, dès octobre 1990, s’étaient opposés à l’idée d’une conférence nationale, parce qu’ils estimaient qu’il fallait d’abord se préoccuper du départ d’Eyadéma, et que la tenue d’une conférence fût-elle proclamée nationale et souveraine, ne pouvait pas résoudre le problème de la démocratie et satisfaire les aspirations populaires, mais risquait seulement d’offrir un répit à l’autocrate et de nous réserver des lendemains catastrophiques. Ceux qui défendaient de telles positions étaient minoritaires, et certains les accusaient même d’être des complices du pouvoir, mais ils ont tenu ferme. Aujourd’hui, les faits ont amplement vérifié leur analyse. Les faux démocrates, ce sont ceux qui ont toujours embrouillé les choses, ceux qui, en semant des illusions, retardent la prise de conscience des masses.

Pour nous, à L’EXILÉ, ce sont les vrais démocrates qui constituent notre source d’inspiration. C’est effectivement à leur exemple, et en tirant leçon des expériences de ces dernières années, que L’EXILÉ affirme dans sa plate-forme4 (que tout un chacun peut lire dans tous nos bulletins): «la recherche de compromis avec l’autocratie, sous quelque forme que ce soit (tables-rondes, conférences nationales souveraines, CPS5, etc..) a seulement pour conséquence de susciter des illusions, de retarder la prise de conscience du Peuple, et par là d’empêcher sa mobilisation pour la lutte. De telles démarches constituent donc un obstacle à tout processus démocratique». Voilà qui est clair, et voilà qui nous distingue fortement des faux démocrates.

L’Accord-Cadre de juillet 1999 a été l’occasion de vérifier une fois de plus la différence entre l’attitude des vrais démocrates et celle des faux démocrates. Point n’est besoin de revenir sur l’euphorie suscitée chez les dirigeants de cette prétendue opposition par la signature de cet accord, et qui parlaient tous de «tourner la page». Nous étions alors la seule parmi toutes les organisations d’exilés à écrire dès cette époque: «Encore un nouvel accord. Il vient d’être signé le 29 juillet par les représentants du RPT et ceux de l’opposition. Cette fois-ci, on l’a baptisé «accord-cadre», sans doute pour nous faire croire qu’il s’agit de quelque chose de nouveau, de différent, de plus sérieux. On nous parle du statut de l’opposition et des anciens chefs d’Etat, de la mise en place d’une CENI6, et de la transformation des FAT7 en une armée républicaine. Et pour faire bonne mesure, on annonce qu’il va y avoir de nouvelles élections législatives l’année prochaine et qu’Eyadéma ne sera pas candidat en 2003, à la fin de son mandat…Bref c’est l’espoir (…) Nous ne partageons pas cet espoir, car nous avons des raisons de croire que cet «accord-cadre » n’augure rien de bon»8. Ceux qui veulent connaître en détail notre position à ce sujet, peuvent se rapporter à nos publications de la période 1998 -2001.

Nous rappellerons tout juste que lors du meeting commémoratif du 27 avril 1958, nous faisions voter une motion dont voici quelques extraits9:

«Considérant les manœuvres de diversion orchestrées par la France à travers la «CNS», et les innombrables «accords» avec l’autocratie, avec la complicité des partis dits de l’opposition « CAR, UFC, CDPA, CPP, PDR, CDPA-BT, OTTD-PTT et Cie» pour détourner de la véritable lutte émancipatrice ;

«Considérant que la présence des «facilitateurs» au Togo constitue un faux-fuyant afin d’entretenir l’illusion du changement par la négociation et la conciliation, puisque par leur présence ils légitiment le régime sanguinaire vomi et honni depuis le 5 octobre 1990 par le peuple en furie ;

«Considérant que les querelles au sein du CPS, de la CENI et la campagne pour de « futures » élections législatives et présidentielles participent à cette diversion,

Le présent meeting, réuni à l’occasion du 44ème anniversaire de la victoire populaire

du 27 avril 1958,

«S’insurge contre la mainmise de l’impérialisme français sur notre pays,

«Dénonce la mascarade électorale en cours, et appelle le peuple à la boycotter… »

Voilà donc ce que nous affirmions encore en avril 2002. Jusqu’au bout, nous avons tenu à dire la vérité, à mettre en garde.

Il est à noter que certains compatriotes s’étaient opposés à cette motion, sous prétexte qu’une telle démarche risquait, selon eux, d’entraver la bonne marche des négociations en cours10. De façon générale, notre amour de la vérité démocratique, notre souci des intérêts de la démocratie, nos mises en garde nous ont valu toutes sortes de reproches de la part de ceux qui voulaient continuer à «négocier en paix» avec le tyran. On nous a accusés entre autres: de nous en prendre de façon viscérale à l’opposition; de prétendre critiquer ceux qui sont sur le terrain alors que nous sommes à l’étranger, occupés à boire de la Leffe dans les forêts des Ardennes; et de «faire la politique du clavier»11 etc.. On connaît la suite.

La liberté n’est pas un cadeau ni une faveur. C’est un droit que le peuple doit reconquérir dès lors qu’il lui a été confisqué.

Agboyibo-autocratePourtant, il n’était pas nécessaire d’être particulièrement doué pour comprendre et prévoir ce à quoi allait aboutir cet Accord, et nous ne nous reconnaissons aucun mérite particulier à ce sujet. Ce n’est certainement pas un problème qui dépasse les capacités intellectuelles des leaders de l’opposition. Il suffit seulement de se préoccuper de l’intérêt du peuple et de la démocratie. C’est là toute la différence. Tout d’abord, il n’est pas inutile de rappeler que pour les démocrates, la liberté n’est pas un cadeau ni une faveur que l’on doit attendre du bon vouloir d’un individu ou d’une organisation. C’est un droit que le peuple doit reconquérir dès lors qu’il lui a été confisqué. L’idée même que la démocratie puisse résulter d’un accord avec l’autocratie est, selon nous, une absurdité, et d’ailleurs, notre plate-forme le souligne expressément. Mais même si on fait abstraction de cette position de principe, on pouvait bien comprendre les objectifs anti-démocratiques, anti-populaires de cet Accord-Cadre, rien qu’en s’en tenant aux préalables sur lesquels il reposait: nous voulons parler de cette promesse d’Eyadéma de ne pas briguer un nouveau mandat en 2003, et d’organiser des élections législatives anticipées en mars 2000, et de la caution apportée par Jacques Chirac à cette promesse.

Un dictateur de la trempe d’Eyadéma, c’est en effet par définition un homme qui n’a aucune parole, un homme pour lequel le mensonge est une pratique quotidienne, comme le peuple en fait chaque jour l’expérience. C’est un ennemi et un bourreau du peuple togolais, et on n’a pas besoin d’être un grand savant pour savoir qu’on ne peut pas, qu’on n’a pas le droit de se fier à une quelconque promesse de sa part . A plus forte raison, si l’on se réclame du combat pour la démocratie12.

Quant à Jacques Chirac, garant de cette promesse, il est le représentant politique d’un système impérialiste français, connu chez nous au Togo et en Afrique par les mauvais coups qu’il n’a cessé de porter aux peuples, comme un obstacle majeur à la liberté et à la démocratie. C’est l’homme qui a osé déclarer que l’Afrique n’est pas encore mûre pour la démocratie. La caution d’un tel personnage ne pouvait être qu’une tromperie.

Bref, pour croire en la parole d’un Eyadéma ou d’un Chirac, il faut avoir des points communs avec eux, être proche d’eux, et ce ne peut être le cas d’un vrai démocrate. A moins de fermer délibérément les yeux, à l’instar de ces faux démocrates13, on était à même de comprendre qu’il ne pouvait rien sortir de bon de cet accord, et de s’interroger sur ses objectifs réels. C’est ce que nous avons fait.

Pour comprendre les raisons d’un tel accord, il nous faut revenir à la situation qui prévalait en 1999.

Rappelons-nous: un Eyadéma plus discrédité que jamais, après son crapuleux hold-up électoral de 1998; une assemblée nationale RPTiste bidon: jamais l’illégitimité du pouvoir et de ses institutions n’a paru aussi évidente... Et surtout, un peuple mécontent, et dont la colère ne cessait de monter, et une situation telle, que les leaders de l’opposition eux-mêmes, pour garder leur propre crédibilité auprès de ceux qu’ils continuent d’influencer, étaient obligés de montrer qu’ils boudaient désormais le pouvoir autocratique. Pour ce dernier, le problème était donc de désamorcer tout cela, de gagner encore du temps et pour cela, il lui fallait attirer de nouveau l’opposition à la table des négociations: c’est ce à quoi ont servi la promesse d’Eyadéma, «l’engagement personnel» de Jacques Chirac et l’Accord-Cadre. Et l’autocratie a gagné sur toute la ligne.

En effet, la conséquence immédiate de la reprise des négociations, c’est que le pouvoir était de nouveau reconnu comme pouvoir légitime, et Eyadéma comme «le chef de l’Etat». L’opposition acceptait ainsi de passer l’éponge sur le hold-up électoral de 1998. Le plus inconséquent et le plus ridicule dans cette affaire, c’est sans conteste Gilchrist Olympio qui, après avoir parlé de «guérilla politique», a voulu se présenter comme le seul interlocuteur d’Eyadéma. Mais il y a plus. La reprise des négociations, c’était aussi un signe de l’opposition aux masses, une manière de leur laisser croire qu’il n’était pas nécessaire de descendre dans la rue pour aboutir au changement démocratique, que la voie des négociations n’était pas entièrement bouchée. Bref, que la démocratie par le dialogue était toujours possible. En un mot, en s’asseyant à la table des négociations, l’opposition se chargeait de détourner l’impatience légitime des masses, et c’est ce qu’espéraient Eyadéma et sa bande.

Quant à l’Accord-Cadre lui-même, il n’était pas difficile de mesurer tout l’avantage politique que le pouvoir pouvait en tirer. En effet, par cet accord, il obtenait la légitimation de toutes ses instances, de tous ses organes, et notamment celle de l’assemblée «nationale» RPTiste à laquelle était reconnu le droit de ratifier les décisions prises par le CPS.

Seuls les imbéciles et les inconscients peuvent croire qu’une telle assemblée ainsi légitimée se contenterait de voter des mesures conformes aux vœux de l’opposition. Comme il fallait s’y attendre, le pouvoir a profité de cette légitimation pour concocter un nouveau code électoral et fabriquer une CENI à sa mesure. Sans oublier une nouvelle loi sur la presse encore plus scélérate et plus liberticide. Cet accord n’a donc servi qu’à créer les conditions politiques pour perpétrer le putsch constitutionnel qui se déroule devant nos yeux. L’Accord a permis au pouvoir de couvrir d’un alibi constitutionnel, d’un vernis de légalité ce qui n’était qu’un nouveau coup de force. Et les leaders de l’opposition lui ont facilité la tâche.

Aujourd’hui, ces leaders de l’opposition se répandent en protestations de toutes sortes. C’est là un scénario bien connu: on négocie avec l’autocrate; celui-ci foule aux pieds les accords conclus; on proteste… jusqu’aux prochaines négociations. Ce scénario, nous le vivons depuis près de 12 ans. Et nous voyons se manifester une fois de plus la différence entre les vrais et les faux démocrates. En effet, jamais les leaders n’ont daigné fournir la moindre explication sur les raisons qui les ont conduits à conclure un tel accord. Pas même aux membres de leurs partis. Quand nous avons refusé de rencontrer Prodi, pendant la manifestation du 24 juin 2002 à Bruxelles, nous avons publié un tract pour expliquer notre attitude, même si, pour nous, cela paraissait évident.

Certains de ces leaders proclament aujourd’hui qu’ils ne négocieront plus avec le pouvoir. Ils vont jusqu’à parler de «mobilisation» et d’«organisation», et donnent même raison à ceux qui ont toujours fustigé leur politique conciliatrice. Ils ne vont pas jusqu’au bout de leur constat, mais la conclusion s’impose d’elle même: si la solution n’est pas dans la négociation mais dans «la mobilisation et l’organisation», il s’ensuit logiquement, que la politique qui a consisté à détourner les masses de leurs nécessaires mobilisation et organisation, la politique de conciliation et de tractations au sommet avec l’autocratie, a entravé et entrave le processus démocratique.Par conséquent, que les auteurs d’une telle politique constituent cet obstacle. Qu’ils font le jeu du pouvoir autocratique et contribuent à prolonger son sursis. Qu’ils se comportent donc en ennemis des masses et de la démocratie, même s’ils parlent de démocratie et d’Etat de droit. Cela, ils ne l’admettront pas, mais telle est la réalité.

D’ailleurs, nous ne pouvons pas croire un seul instant que ces faux démocrates aient renoncé à leur politique néfaste. En effet, le hold-up électoral de juin 1998 ne les a pas empêchés de reprendre les négociations après une courte période de «guérilla politique», et après tout, le putsch actuel n’est pas pire. Par conséquent, nous ne voyons pas pourquoi ils ne feraient pas comme à leur habitude. Il suffira que les «puissances amies» laissent entendre, comme elles le font à chaque fois depuis les élections de août 1993, que le prochain scrutin se passera mieux, et nos faux démocrates vont courir à de nouvelles négociations. Nous ne serions pas surpris de voir certains «appeler à se mobiliser pour gagner la prochaine élection présidentielle et empêcher Eyadéma d’accomplir un troisième mandat». Ils continueront ainsi à faire le jeu du pouvoir, et à tromper le peuple.

Les gesticulations des faux démocrates de l’opposition.

gnininvi cdpaEn veut-on un signe ? On assiste actuellement à une série de gesticulations, de la part de ces leaders de l’opposition dite démocratique. Les voilà qui découvrent maintenant que «le système du RPT, Parti-Etat, est à tous égards, antirépublicain et antidémocratique», et qui «proclament leur détermination à tout mettre en œuvre pour mettre fin sans délai au système de Parti-Etat etc.… »14; que «Tout citoyen a le devoir de combattre toute personne ou groupe de personnes qui tenterait de changer par la force l’ordre démocratique établi par la présente Constitution». Les voilà qui se regroupent même en une «Coalition des Forces Démocratiques», avec comme objectif prioritaire déclaré, «la fin du système RPT, et le départ du Chef de l’Etat, au plus tard en 2003, conformément aux dispositions de la Constitution togolaise»15.

Mais pourquoi parlons-nous de gesticulation ? A cause de cette petite nuance: dans leur déclaration commune du 5 octobre, ces partis16 parlent de mettre fin «sans délai» au Système du parti Etat ; dans le communiqué du 25 octobre,  il est question de la fin du système RPT du départ du chef de l’Etat au plus tard en 2003». Tout le monde aura remarqué que le «sans délai» a disparu dans l’intervalle. Mais pourquoi donc ? «Conformément aux dispositions de la Constitution togolaise», affirme le communiqué. Autrement dit, puisque la Constitution prévoit qu’on ne peut pas exercer plus de deux mandats, et que le second mandat s’achève en 2003, on peut exiger son départ à ce moment, en s’appuyant justement sur la Constitution. Pour résumer l’opinion d’un compatriote: «Les vrais enjeux politiques majeurs ne se jouent pas dans les élections législatives anticipées, mais plutôt dans les équations politiques de la fin du mandat présidentiel et ses suites».

Nous rappelons, et tout le monde le sait, en commençant par les leaders de l’opposition eux-mêmes, que ce deuxième mandat est le résultat du hold-up électoral de juin 1998 unanimement dénoncé, et qu’il s’agit donc d’un mandat illégitime (pour ne pas parler des autres), dont le semblant de légitimité ne tient qu’à l’Accord-Cadre. Eyadéma ayant, comme il fallait s’y attendre, foulé aux pieds cet Accord-Cadre, la moindre des choses, si l’opposition était conséquente, aurait été de revenir sur la légitimité même de ce mandat, et dans ce cas, point n’est alors besoin d’évoquer les dispositions de la Constitution et d’attendre l’échéance de 2003. On voit bien que l’argument constitutionnel n’est qu’un alibi commode pour tout «remettre à demain», pour justifier une fois de plus leur éternel atermoiement, leur fuite piteuse devant leur responsabilité, leur refus d’affronter le régime autocratique.

Il doit être clair qu’avec ces faux démocrates de l’opposition, c’est la certitude de continuer à tourner en rond, sans fin. Il est clair que c’est seulement grâce aux illusions que cette opposition continue de semer, que ce pouvoir tient encore. Cette attitude, initiée avec le FAR17 en mars 1991, s’est illustrée une fois de plus avec ce funeste Accord cadre de 1999. Voilà pourquoi nous affirmons qu’ils constituent un obstacle, et doivent donc être combattus pour que cet obstacle soit levé, et pour que le processus démocratique puisse avancer.

Une réflexion de la CDPA-BT semble bien définir la politique de l’opposition, quand elle déclare: «Mais les leaders de la tendance de l’opposition représentée au CPS doivent comprendre que la réponse à cette nouvelle épreuve de force engagée par le régime contre l’opposition n’est pas d’aller à chaque fois constater le désaccord dans une séance du CPS et prendre rendez-vous pour une séance suivante. C’est la nature du CPS lui-même en tant qu’instance de règlement de la crise qui est mise en question par l’épreuve de force..».. « Mais quand on accepte de se faire octroyer une parcelle du pouvoir despotique, on ne se bat plus pour le changement démocratique. On se bat pour être là. Pour figurer, on accompagne le système despotique dans ces conditions ».

Cette réflexion nous paraît juste. Mais elle traduit surtout la contradiction insurmontable dans laquelle se débat ce parti. En effet, la CDPA-BT reconnaît que l’opposition se bat pour se faire octroyer «une parcelle du pouvoir», et cela ne peut être que pour une parcelle du pouvoir despotique. Pourtant, elle continue de qualifier cette opposition de «démocratique», ce qui revient à travestir la réalité.

Par ailleurs, à l’instar des leaders de l’opposition qui nous font croire depuis 12 ans qu’on peut transformer le dictateur par des explications, la CDPA-BT entretient l’idée qu’on peut transformer ces leaders en vrais démocrates. Ces leaders «doivent comprendre», dit-elle. Bref, tout comme l’opposition accompagne le pouvoir despotique au lieu de le combattre, la CDPA-BT accompagne l’opposition. De manière encore plus insidieuse et donc plus dangereuse, la CDPA-BT continue d’entretenir des illusions sur les faux démocrates et d’empêcher les masses d’avoir une idée claire de la situation. Elle doit être classée dans le même panier que ceux-ci, et les vrais démocrates doivent s’en démarquer. De ce constat, il n’y a qu’une solution: une lutte intransigeante contre l’autocratie et ses rivaux de l’opposition. Seule condition qui peut permettre à nous qui sommes en exil, et aux vrais démocrates qui luttent sur le terrain de mobiliser et d’organiser le peuple afin de hâter le retour d’un 5 octobre mieux réussi. Telle reste l’exigence de l’heure.

Bruxelles, le 10 janvier 2003

Organisation Démocratique des exilés togolais ( L’EXILÉ )

1Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest

2Convention Démocratique des Peuples Africains (Branche Togo)

3Rassemblement du «Peuple» Togolais (parti au pouvoir depuis 35 ans)

4Qui sommes-nous ?

5Comité Paritaire de Suivi.

6Commission électorale nationale indépendante

7Forces armées togolaises

8Cf : L’EXILÉ N° 7 septembre / décembre 1999

9Cf : L’EXILÉ N°17 pages 9-10

10Nous faisons allusion ici aux discussions que nous avions eue

avec ceux du MO5 avant la publication de cette motion

11Article de Jack Lomévi alias Morgan Freeman

(paru sur les sites de la Diastode et de Togoforum en 2001)

12Nous faisons allusion ici au communiqué de la Diastode ( 22 mars 2000).

Ledit communiqué demande à l’autocrate Eyadéma de respecter sa parole de militaire.

13Les Agboyibo, Kodjo Edem, Gnininvi, Ayeva, Gilchrist Olympio etc…

14Cf : Déclaration du 5 octobre 2002

15Cf : Communiqué de la C.F.D publié le 25 octobre 2002

16CAR, ADDI, CDPA, UDS-Togo, CPP, PSR, Réformateurs RPT

17Front des Associations pour le Renouveau.

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