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Les opérations militaires américaines et européennes en Afrique de l’Ouest préparent une guerre plus large

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La guerre menée en Afrique de l’Ouest par les États-Unis en partenariat avec leurs homologues européens, la France et l’Allemagne, qui a été exposée par le meurtre de quatre soldats des forces spéciales au Niger au début du mois, prépare une guerre beaucoup plus large dans la région. En juin, la France a présenté un projet de résolution devant le Conseil de sécurité des Nations Unies pour obtenir des fonds pour la force militaire conjointe. Les termes de l’autorisation de l’ONU redéfiniraient le caractère et la portée de la force par procuration du G5 Sahel dirigée par la France, lui donnant une large autorité opérationnelle similaire à celle de la Brigade d’intervention des forces de l’ONU contre les rebelles Rwandais du M23 dans l’Est du Congo en 2011.

Dans des négociations à huis clos, Washington a rechigné à la résolution, disant qu’il préférerait que le Conseil de sécurité donne sa bénédiction dans une déclaration au lieu d’une résolution. Derrière l’opposition de Washington à une résolution, il y a la crainte que la France puisse acquérir un avantage stratégique sur les États-Unis dans la région qui est riche en uranium et autres gisements de minerais. Avec l’expansion de ses opérations militaires à travers l’Afrique de l’Ouest ces dernières années, Washington cherche à exercer un contrôle géopolitique complet sur la région. Le lieutenant-général Kenneth McKenzie a admis la semaine dernière que les États-Unis comptaient 1000 soldats déployés dans les pays frontaliers du lac Tchad : le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun. Cette accumulation militaire s’est faite entièrement dans le dos du peuple américain sans aucun débat public.

Les gisements importants de minerais de l’Afrique de l’Ouest, tels que l’uranium, le fer, l’or et les diamants, ainsi que de vastes réserves de pétrole et de gaz que les sociétés américaines et françaises cherchent à extraire pour en tirer d’amples profits, sont le vrai fondement des prérogatives stratégiques des forces militaires américaines et françaises dispersées dans la région. Entrant dans la course, l’Allemagne a annoncé à la fin de l’année dernière son projet de construction d’une base aérienne à Niamey pour soutenir ses troupes en service au sein de la MINUSMA, la mission de l’ONU au Mali voisin. Les 10 000 soldats de l’ONU sont constitués de divers contingents de troupes de plusieurs pays occidentaux, notamment les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, la Suède et l’Italie.

AFRICOM, le commandement militaire américain supervisant les opérations à travers le vaste continent africain, a établi une base à Niamey, au Niger, et maintient 800 soldats des opérations spéciales dans le pays. À la base de Niamey, le personnel de l’Air Force gère un programme de surveillance des drones capable de mener des missions de reconnaissance au Niger, au Mali, au Nigeria et en Libye. Basés également à Niamy, il y a plusieurs drones MQ-9 Reaper armés de missiles Hellfire, utilisés par les États-Unis pour leur programme d’assassinats. La construction d’une base à Agadez, une ville dans le centre du Niger, permettra d’élargir les capacités du programme de drones, permettant des missions plus éloignées.

Pour la seule année 2016, Washington a dépensé 156 millions de dollars pour former les forces tchadiennes, nigériennes et nigérianes à l’offensive menée par les États-Unis contre Boko Haram, au nord du Nigeria.

Soulignant les préoccupations ultimes de Washington en Afrique de l’Ouest, la déclaration d’AFRICOM d’avril 2017 a déclaré : « out comme les États-Unis poursuivent des intérêts stratégiques en Afrique, les concurrents internationaux, y compris la Chine et la Russie, font de même. » D’une manière très hypocrite, la déclaration soulève la préoccupation que : « Nous continuons à voir des concurrents internationaux s’engager avec des partenaires africains d’une manière contraire aux normes internationales de transparence.» La création de bases américaines, françaises et allemandes à travers la région et notamment au Niger, au Mali, au Cameroun et au Tchad, correspond aux placements des opérations minières, des installations d’extraction pétrolière et des oléoducs, ce qui démontre que leur rôle est d’exercer un contrôle territorial sur ces ressources stratégiques.

Ils cherchent également à utiliser leur puissance militaire pour compenser l’entrée de la Chine dans la région. Celle-ci a conclu en 2012 des accords avec les gouvernements nigérien, tchadien, et camerounais pour exporter le pétrole de la raffinerie de Zinder au Niger gérée par la Société pétrolière nationale de Chine (CNPC), en utilisant l’oléoduc du Tchad au Cameroun construit par Exxon-Mobil.

L’expansion des forces militaires impérialistes occidentales dans la région a commencé sérieusement avec la guerre de changement de régime mené par l’OTAN en 2011 en Libye, qui a abouti à l’assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et à la dévastation de la société libyenne avec des combattants islamistes liés à Al-Qaïda, formés et armés par les États-Unis agissant comme troupes au sol. La conséquence de la témérité de Washington et Paris qui ont utilisé ces forces islamistes pour accomplir leur sale boulot en Libye a fait que ces combattants islamistes se sont répandus à travers l’Afrique du Nord et dans le Sahel et ont transformé la région en un champ de bataille menaçant même les opérations de Sociétés occidentales, en particulier dans les secteurs du pétrole et du gaz et de l’extraction minière, au Niger, au Tchad, au Nigeria, au Mali, au Cameroun, au Burkina Faso, et en Côte d’Ivoire.

Composés à l’origine de trois groupes, les combattants islamistes ont en grande partie rejoint Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), tandis que d’autres comme Boko Haram au Nigeria, ont fait allégeance à l’État islamique.

Sous la « ruée vers l’Afrique » initiée par l’Administration Obama et poursuivie sous Trump, il y avait le « réarmement » à plus long terme de la politique étrangère américaine après la dissolution de l’ex-Union soviétique, Washington prenant la disparition soudaine de son rival géopolitique de longue date comme une occasion pour entreprendre une campagne militaire pour l’hégémonie mondiale, afin de compenser sa faiblesse économique par sa domination militaire. L’offensive militaire américaine en Afrique de l’Ouest avec la France et l’Allemagne, et leur ambition combinée de revendiquer les vastes ressources économiques de la région promettent l’expansion et l’élargissement de ces opérations militaires qui risquent de déclencher une guerre régionale beaucoup plus large.

Eddie Haywood

 

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